Suite de l'Edito


La recherche menée a mis en lumière que le dispositif Appartement de Coordination Thérapeutique (ACT) pour les résidents était perçu et vécu comme un espace de vie « provisoire – temporaire » révélateur de plusieurs clivages et tensions : entre illusion et désillusion ; entre injonction et autonomie ; entre individuel et collectif ; entre certitude et incertitude ; entre absence de perspective d’avenir et construction d’un projet de vie ; entre acceptation et déni de la maladie.

 

Pour certains résidents, cet espace de vie « provisoire » ou temporaire représente une période de transition entre un vécu de survie et un vécu de d’autonomie, voire de liberté et de mobilisation des ressources, période traversée par des incertitudes, par des peurs mais également par l’espoir de construire un avenir meilleur dans un autre cadre de vie.

 

Notre réflexion s’est donc aussi inscrite sur la considération de notre institution comme outil thérapeutique à la manière de Tosquelles (*). Nos interactions entre professionnels sont aussi productives de valeurs aidantes pour le renforcement des apprentissages.


Comment les renforcer ?

 

Pour développer le travail ensemble (psy, social, soignants), il nous a donc semblé important de développer un outil d’aide à l’élaboration pluridisciplinaire associé à l’accompagnement des résidents.

 

Sur le plan méthodologique, nous avons d’abord cherché à repérer les compétences mobilisables. Comment ?


En partant du principe que le repérage des activités (*2) menées, permet de distinguer ce que dit un résident sur ce qu’il fait et ce qu’il dit sur ce qu’il devrait faire ou encore sur ce qu’il ne fait pas, nous avons pu identifier celles mises en œuvre chez le résident :


  • Activité d’auto soin : appropriation des traitements, prise de médicament, chercher des bons soignants ;
  • Activité d’organisation de la pensée : actes de prise de décisions ou de délibération ;
  • Activité de prise de recul : auto questionnement sur sa trajectoire, sur ses actions sur des décisions ;
  • Activité pour préserver la santé pour le maintien de soi en santé et en vie – pratique d’une activité sportive ;
  • Activité d’autorégulation dans la gestion de la maladie : changement des habitudes alimentaires de consommation ;
  • Activité de gestion de la vie quotidienne et de la cohabitation avec d’autres résidents : négociation de places de l’espace ;
  • Activité de communication : explicité son traitement à autrui, formuler une demande, un désir ;
  • Activité de care : prendre soin des autres.

 

Toutes ses activités renseignent les processus de mises en œuvre dans l’environnement donné - ici Cordia. La prise de conscience de cette mécanique du réel devrait faciliter l’acquisition d’une capacité d’autonomie.


Pour être complet, la recherche a permis également d’identifier les activités déployées par les professionnels :

  • Activité de diagnostic -> pour observer explorer, questionner objectiver ;
  • Activité de soutien et de care -> fonction d’étayage ;
  • Activité de contrôle social -> régulation de la vie en collectivité ;
  • Activité d’évaluation des états et/ou des processus -> se fixer des objectifs de départ avec les résidents, évaluer les résultats obtenus ;
  • Activité de réflexivité, de délibération - > délibération face à des dilemmes, choix … ;
  • Activité d’explicitation et de co-explicitation -> reformulation des demandes des résidents, aider à expliciter les ressentis, les peurs, les incertitudes.

 

Le prolongement de la recherche : mise au point d’un logiciel d’aide à la décision.


Pour répondre, au « comment » circonscrire les compétences mobilisables, nous avons essayé de repérer les besoins nécessaires à la réalisation des activités en partant du principe que plus ils sont identifiés et hiérarchisés, plus il est facile de travailler la co-construction des réponses.

Pour les équipes pluridisciplinaires concernées, l’analyse évolutive et régulière des besoins de l’activité de la personne favorise également, lorsqu’ils sont hiérarchisés, la compréhension du processus d’activités de la personne. Cette approche permet aussi de répondre à la question : par quoi commencer ?

 

Après une série de rencontres, chaque membre de l’équipe, repère un ensemble d’information dans le cadre d’entretien ou tout simplement d’accompagnement. Seul, ensuite et sur l’espace le concernant, le professionnel note sur le logiciel l’observation contextuelle du besoin identifié, le caractérise, ajoute un commentaire, le valorise de 1 à 5. Grace au réseau partagé, ces données sont lues par les autres professionnels et le résident. Pour régler l’ordre d’importance des besoins repérés, le logiciel permet aussi une pondération de la valeur du même besoin en fonction du temps. Par exemple, la valeur 4 n’aura pas, au second rendez-vous le même poids. Toutes les données renseignées sont consultables en réseau par chaque membre de l’équipe.


a.       Place du résident

Lors d’une rencontre suivante, (la fréquence est déterminée d’un commun accord avec le professionnel), la personne accompagnée est invitée à donner son avis sur les besoins identifiés par le professionnel concerné par la thématique. Sur l’ordinateur, il indique une valeur de son besoin repéré. Il utilise la même méthode de cotation. Pour ne pas être influencé, il ne connaît pas celles des professionnels.

Le résident est guidé, sans être influencé. Si la cotation des différents besoins ne varie pas, il est souhaitable de s’interroger sur les éventuelles difficultés à choisir.


b.      Le professionnel et le résident

Ensuite une comparaison des valeurs attribuées par chacun (professionnels – résident) est effectuée par le logiciel. L’écart identifié est traité par les 2 parties pour retenir une valeur partagée. En cas d’impossibilité, elles ne changent pas.

Une hiérarchisation des besoins par les professionnels et le résident est ainsi déterminée. Cette échelle de priorité du travail ainsi réalisée favorise l’élaboration du projet personnalisé noté sur la page suivante du logiciel.


c.       Élaboration du projet

Le résultat de la co-construction avec la personne accueillie est renseigné manuellement par les professionnels concernés. Ils indiquent par ordre d’importance les besoins retenus et les moyens identifiés travaillés avec le résident. Un planning prévisionnel renseigné au 1er projet personnalisé (PP) est vérifié à partir du second PP.

Ce document est remis au résident, il sert de guidance du programme à mettre en œuvre.

 

Les premiers résultats


Quelques chiffres (*3) :

 

De la part des 32 résidents qui ont utilisé l’outil d’aide à la décision ACX :

  • 11 sont favorablement impressionnés par l’importance des besoins repérés,
  • 20 comprennent plus clairement les objectifs à atteindre,
  • 17 trouvent que la parole avec les professionnels est plus facile.

 

Par le fait de valoriser un besoin, nous constatons que le résident s’approprie le contenu. Il est, toutefois, encore trop tôt pour en tirer une conclusion.

 

De la part des professionnels :

  • Les échanges sont riches et plus facilement structurés,
  • Le projet personnalisé est plus facile à construire,
  • La réunion de synthèse est efficiente, elle est davantage orientée vers l’identification des moyens à mettre en œuvre,
  • L’outil permet de pouvoir visualiser un même plan de travail pour l’ensemble des professionnels,
  • 40 % des résidents, compte tenu de leur profil, ne peuvent pas être concernés par ce genre d’outil,
  • Il facilite la sauvegarde de l’ensemble des informations concernant le suivi de l’usager. Il caractérise le principe : « ce qui s’énonce bien, se conçoit bien »,
  • Il contribue à l’éducation thérapeutique du patient,
  • Il induit une autre voire une nouvelle relation entre le professionnel et l’usager.

 

Nous considérons que notre approche avec l’utilisation de l’outil d’aide à la décision peut aussi répondre à d’autres champs d’intervention. Nous l’avons testé auprès de bailleurs sociaux concernés par les troubles du voisinage et les impayés de loyers. Le tableau ci-dessous indique les effets produits :




CONCLUSION

 

Ces résultats encourageants sont malgré tout insuffisants pour en tirer un principe statistique fiable. Il nous faut donc poursuivre nos tests avec d’autres partenaires.

Si cela vous semble intéressant nous sommes joignables par mail , par téléphone au 01.84.17.72.65.

(*) Médecin psychiatre -  «Esquisse d'une problématique analytique dans les soins à donner aux enfants psychopathes en institution»
(*2)Pour Jean Marie Barbier – chercheur au CNAM « l’activité est un ensemble des processus par et dans lesquels est engagé un être vivant, notamment un sujet humain, individuel ou collectif, dans ses rapports avec son environnement (physique, social et/ou mental), et transformations de lui-même s’opérant à cette occasion »
(*)Enquête interne menée Entre octobre 2015 et juin 2016.


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