J’ai révé de l’ouverture d’une maison d’accueil, de soins et de convivialité !

« C’est au soir des obsèques de Christian, vingt-deux ans, en mars 1990 que s’est éveillé en moi le rêve de Cordia, face à la tourmente du Sida, affectant particulièrement le monde du spectacle dont j’assurais, alors, l’aumônerie nationale. Les comportements-réflexes de peur, d’exclusion, de condamnation à l’égard des personnes touchées par le VIH, la déficience d’un accompagnement sanitaire et social peu préparé à la prise en charge de cette nouvelle pathologie, s’accompagnaient alors d’une stigmatisation dramatique de la personne malade.  Le Sida révélait publiquement une conduite jugée honteuse et relevant de la réprobation divine.

C’est dans ce contexte que j’ai révé de l’ouverture d’une maison d’accueil, de soins et de convivialité, permettant une fin de vie plus humaine à l’époque où la pandémie du Sida vouait le malade à une mort précoce et bien souvent à la privation des solidarités les plus fondamentales.

Après plusieurs et longues étapes auprès des services administratifs concernés, l’association Cordia ouvrait sa première résidence à Paris. Depuis, de nouvelles implantations ont été réalisées à Paris, à Poitiers, à La Rochelle et à Tours. Des résidents aux origines géographiques diverses : métropole, DOM-TOM, Maghreb, Afrique subsaharienne, Asie, Amérique du Sud ainsi que  plusieurs pays d’Europe y sont accueillis par une équipe de professionnel(le)s : directeurs, médecins, infirmières, éducateurs, assistantes sociales, psychologues, auxiliaires de vie  accompagnés de bénévoles. .

Il y a trois éléments fondamentaux constitutifs de l’éthique de Cordia : la relation au malade, le caractère non-confessionnel de Cordia, le travail en équipe.

La relation au malade apparaît bien comme essentielle. Celui-ci n’est pas seulement affecté dans son corps, mais il vit aussi une angoisse nourrie par les différentes ruptures d’identité que lui impose son statut de malade. C’est pour lui la découverte d’une vulnérabilité, d’une fragilité, face auxquelles il se sent démuni. Cette déstabilisation génère un sentiment d’isolement et même de solitude, qui entraîne parfois des réactions de repli, d’effondrement, de révolte, de désespoir et de profonde détresse.Il s’agit donc d’abord, pour chacun des accompagnateurs, de repérer, d’écouter, d’entendre le dit et le non-dit de l’angoisse. Dans une relation « d’être avec », il s’agit d’essayer de se mettre sur la même longueur d’onde pour aider le malade à affronter son angoisse, à en alléger le poids.

 À noter enfin que la bonne marche de l’association Cordia est le résultat d’un authentique travail d’équipe  permettant une heureuse mise en commun des synergies, dans un climat de franche amitié  et un souci affirmé de la compétence professionnelle.

Une petite fleur, Cordia, a grandi au fil du temps et continue de s’épanouir dans le désert des souffrances pour que le sourire de la vie renaisse sur les visages. »

Pierre BOLET